L'ambassadeur Jan Versteeg

Jan Versteeg travaille depuis trente ans pour le ministère néerlandais des Affaires étrangères. Il est depuis 2022 ambassadeur des Pays-Bas en France, après avoir occupé cette fonction en Grèce et en Espagne. Il raconte avec enthousiasme ce qu’implique son rôle d’ambassadeur dans un pays où il se rendait déjà en tant qu’étudiant. Il nous parle aussi de la solide relation entre la France et les Pays-Bas, qui ne cesse de se renforcer du fait des développements géopolitiques et des défis partagés.

L'ambassadeur Jan Versteeg

Que représente pour vous la nomination en tant qu’ambassadeur en France ?

« Être ambassadeur en France, c’est d’abord une fantastique opportunité de se rendre utile aux Pays-Bas. Dans les quatre années à venir, j’aurai la chance de diriger l’équipe de l’ambassade à Paris et de travailler avec les délégations commerciales néerlandaises à Lyon et à Nantes, ainsi qu’avec les treize consuls honoraires répartis dans le pays, en vue d’approfondir et d’élargir les liens politiques, économiques et culturels entre la France et les Pays-Bas. J’ai hâte de m’atteler à cette tâche. »

Vous reste-t-il beaucoup à apprendre sur la France ?

« Je travaille à me familiariser avec les dossiers en cours et les réseaux diplomatiques, professionnels et culturels en France, ce qui avance vite et bien grâce notamment à l’équipe de l’ambassade. Je connais déjà bien la France. Comme des millions de Néerlandais, j’y ai régulièrement passé les vacances avec mes parents. Une fois étudiant, Paris était pour moi la métropole la plus proche. Je m’y suis souvent rendu en autostop ou en train. Dans le cadre professionnel ensuite, les rencontres avec mes homologues français n’ont pas manqué, car la France a un rôle clé dans de nombreuses décisions internationales. Et de plus en plus souvent, nos deux pays opèrent de concert, au sein de l’UE mais aussi de l’OTAN par exemple. »

Avez-vous profité de l’été avant votre prise de fonction pour remettre à jour vos connaissances ?

« J’ai toujours entretenu ma connaissance de la langue française. Je l’ai perfectionnée, ainsi que ma connaissance du pays, en lisant des livres français, en écoutant des podcasts et en regardant quasiment toutes les séries françaises et les films récents sur Netflix. »

En tant que diplomate, quelle période de l’histoire française trouvez-vous la plus intéressante ?

« Le XIXe et le XXe siècles étaient absolument passionnants. Prenons par exemple la période comprise entre 1852 et 1870, le Second Empire, avec à sa tête Napoléon III. Comme son illustre oncle un demi-siècle auparavant, il mène une politique très active à la fois dans le domaine intérieur et extérieur. Il prend notamment la tête de l’alliance contre la Russie pendant la guerre de Crimée, un conflit qui se terminera par la défaite des Russes et la signature du traité de Paris en 1856. Napoléon III est aussi très impliqué au niveau intérieur : sous son règne, la France s’industrialise et la rénovation de Paris bat son plein. Il engage le baron Haussmann pour restructurer la capitale avec de larges boulevards et des places imposantes. Le paysage urbain tel que nous le connaissons date de cette époque. »

Comment qualifier la relation entre la France et les Pays-Bas ?

« Très solide et intensive. Je le remarque tous les jours depuis mon arrivée à l’ambassade : les délégations se bousculent pour parler des sujets les plus divers et faire des affaires. La France est, avec l’Allemagne, l’un de nos principaux partenaires. Les Pays-Bas entretiennent des relations de travail étroites avec la France dans tous les domaines possibles, au niveau bilatéral sur les terrains politique, économique et culturel, mais aussi dans le cadre d’enceintes internationales comme l’UE et l’OTAN. »

Le président Macron en conversation avec l'ambassadeur Versteeg

La relation bilatérale est-elle figée ou dynamique ?

 « Il existe une grande confiance mutuelle et la relation bilatérale est excellente. Les deux pays sont convaincus que le niveau européen est le plus adapté pour faire face aux énormes défis de notre temps, comme la guerre en Ukraine, la crise énergétique, la protection de la croissance et de l’emploi mais aussi le changement climatique. Il y a donc lieu de développer cette relation et de la renforcer. »

La coopération politique avec la France se déroule-t-elle bien ?

« Oui. Deux exemples concrets peuvent expliquer pourquoi. La France réalise, comme les Pays-Bas, que l’époque actuelle requiert une Union européenne forte. L’UE n’est pas seulement un bloc économique, c’est aussi un espace de partage de certaines normes et valeurs. Elle doit tenir bon au milieu d’un champ de forces impliquant des puissances telles que les États-Unis et la Chine, et alors que la Russie sème le désordre géopolitique. Ce qui aide aussi c’est la bonne entente entre Emmanuel Macron et Mark Rutte. Leurs convictions politiques et économiques présentent une certaine proximité et ils s’apprécient au niveau personnel. »

Que peuvent apprendre les Néerlandais des Français ?

« J’admire la capacité des Français à formuler avec brio une vision à long terme tout en adoptant, sur certains points, une approche pragmatique. Le discours combiné à l’action. Je trouve ça très fort. »

Qu’est-ce qui intéresse les Français que vous rencontrez concernant les Pays-Bas ?

« Beaucoup sont de plus en plus intéressés par le paysage parlementaire aux Pays-Bas et la nécessité qu’il implique depuis toujours pour les partis politiques d’horizons divers de travailler ensemble. Comment un gouvernement regroupant plusieurs partis peut-il être efficace ? Comment forger des coalitions et s’assurer du soutien public ? Cet intérêt n’est pas dénué de fondement. Jusqu’ici le parti du président avait toujours la majorité au Parlement, mais depuis le printemps dernier, même le premier parti du pays est obligé de nouer des accords pour parvenir à la majorité. »

Peinture, littérature, gastronomie, ... La culture française est renommée et admirée au niveau international. Comment l’ambassade fait-elle la promotion de la culture néerlandaise ?

« Principalement avec l’aide de l’Atelier Néerlandais, créé en 2014 par l’ambassade. L’Atelier Néerlandais est une plateforme destinée aux entrepreneurs néerlandais du secteur culturel, notamment le design, les arts et l’édition. Il leur propose des espaces pour les réunions, la présentation de leurs produits, les défilés de mode ou les formations. Les entreprises peuvent également faire appel aux conseils et services de l’ambassade, dans le domaine économique comme culturel. Les activités menées par l’Atelier Néerlandais, ainsi que le programme culturel de l’ambassade, favorisent la notoriété de la culture néerlandaise en France. »

Les Jeux olympiques auront lieu à Paris en 2024. L’ambassade est-elle impliquée ?

« Les Jeux constituent bien entendu un gigantesque projet et les préparatifs vont bon train. L’ambassade est impliquée. Nous nous attachons surtout à établir le contact entre les entreprises néerlandaises et l’organisation française. La France vise les Jeux les plus durables jamais organisés. Or, les entreprises néerlandaises voient depuis longtemps la durabilité comme une chance. Nous avons par exemple rencontré une entreprise néerlandaise qui ambitionne de livrer les sanitaires pour les Jeux : des toilettes auto-nettoyantes et économiques en énergie, qui restent propres longtemps. Par ailleurs, la piscine olympique a été conçue par un bureau d’architectes néerlandais. Il y a tout de même de quoi être fier. »

Quels objectifs voulez-vous atteindre avec l’équipe de l’ambassade dans les quatre années à venir ?

« Faire en sorte que la France et les Pays-Bas se tournent systématiquement l’un vers l’autre pour résoudre les problèmes. Nous ne serons évidemment pas toujours d’accord du premier coup mais nous pouvons parvenir, par le travail en commun et la concertation, à des solutions appropriées auxquelles de nombreux autres pays pourront adhérer. Et contribuer naturellement à la réussite des Jeux olympiques, avec une fournée de belles performances des athlètes néerlandais et des spectateurs enthousiastes. »